Gertruder en toute sérénité (ou pas)

7dpo : pas de règles, c’est encore un peu tôt. Le Ménopur est prêt, tout est câlé.

8dpo : toujours rien, c’est bizarre.

9 dpo : Bordal je serais pas en train de Gertruder ? Il était bien beau cet énorme follicule ceci dit. Et si …

11dpo : Etant peu patiente, je craque, TG puis PDS, découverte avec bonheur d’un taux positif de 16UI. 6 heures plus tard, du sang, on déchante ; la progestérone a été débutée en catastrophe et quadruple dose (400mg x 2 par jour).

13dpo : Après 48h de saignements, c’est avec résignation que je suis allée faire le contrôle de Bhcg, via trois laboratoires différents refusant tous les pds sans rdv un weekend. Finalement pds discrète par une infirmière du service fraîchement enceinte. Le taux a triplé, je respire, je pleure, mode Peace&Love réactivé. Des règles anniversaires, un manque de progestérone, un bébé qui fait son nid, todo bien. Week end doux, projection prudente, on est heureux et on y croit, et tant pis pour les pertes marrons en train de se tarir.

15dpo : Taux à 102UI. A bien doublé. C’est parfait, tout va bien. On appelle le cabinet de la gynéco, on attend avec la petite musique pendant 20 minutes, puis on confie ce joli résultat à la secrétaire pas sympa qui transmettra à la gynéco le lendemain. Après m’avoir longuement interrogée sur les détails ragoûtants de mon fond de culotte, détails simples à raconter au boulot sans se faire griller, tout en s’absentant longuement pour la deuxième fois de la journée. Peu importe, tout va bien et on est heureux.

16 dpo : Rappel au cabinet. 35 minutes d’attente. La gynéco souhaite un nouveau contrôle car trouve le taux bas et est inquiète par les saignements persistants et mes antécédents. A heure fixe, 10h30. Argh. Ok. On va faire ça. Pourtant le taux a doublé et a dépassé les 100, certains centres arrêtent les contrôles après non ?

17 dpo : La dame du labo s’en tamponne que je sois toubib en train de poireauter en salle d’attente en pleine matinée de travail. PDS faite après ¾ d’heure d’attente. On arrache le pansement pour ne pas se faire griller, on court au boulot bâcler le tour des patients en 1h, on se dit que la gynéco exagère, mais que c’est pas grave, le taux aura doublé. Taux à 196. A presque doublé. Bon. On rappelle la secrétaire pas sympa. 30 minutes de petite musique. Pas contente du taux qui n’a pas doublé. « Vous savez, le taux n’est pas bon, vous faites peut être une GEU Mme Kangourou. Rappelez demain je vous donnerai l’avis de votre gynéco qui ne travaille pas aujourd’hui mais non, pas question de vous donner un rdv d’écho à 7SA, elle va vouloir vérifier la PDS. Mais rappelez quand même. »

La secrétaire avec la VAE PMA qui me parle de GEU. N’importe quoi, mon taux est parfait. Quoique … il n’a pas doublé. Mais je ne saigne plus. Mais j’ai déjà fait des FCS. Et j’ai des contractions dans le ventre depuis deux jours. Et si …

18dpo : on rappelle, on tombe sur la secrétaire sympa. 25 min de petite musique. Qui note tout, et me promet que Mme D. va me rappeler herself dans la journée avec la conduite à tenir. La journée se passe. 17h, je craque et rappelle. 10 minutes de petite musique, c’est mieux ! Secrétaire pas sympa qui me soutient mordicus que la gynéco ne rappelle jamais elle-même et que j’ai inventé les dires de sa collègue. Me promet qu’elle demande l’avis et me rappelle dans le quart d’heure. Deux heures plus tard, rien, on laisse tomber.

19dpo : pas de sang, pas de contractions, pas de nausées non plus. Le téléphone sonne, c’est Mme D, la gynéco avec qui je n’ai pas échangé directement depuis le début ! Qui me confirme qu’elle n’aime pas beaucoup mes taux et leur cinétique, qu’avec mes antécédents ça craint tout cela. Qui me demande de refaire une pds au même endroit à 10h30. La dame du labo de l’hôpital rigole en me voyant arriver, m’accuse limite de me prescrire ces bilans pour le fun, et refuse de me faire passer avant les 12 personnes en salle d’attente. Plus d’une heure d’attente. J’insiste, elle refuse, doit bien détester les médecins et jouit de sa petite prise de pouvoir du jour. Je file aux urgences, négocie des étiquettes à l’accueil, choppe une nouvelle infirmière du service, qui stresse à l’idée de me louper, me fais piquer sur un coin de table discrétos. En répondant au téléphone pour tenter d’expliquer pourquoi je n’ai dicté aucun courrier ni vu aucun patient à 11h. Emballer le tube, fermer le petit sachet, remplir la demande d’examen. Aller déposer soi-même le tube au labo. Ne pas trouver le labo qui a déménagé à l’étage. Déposer finalement le tube en priant Bouddha, Allah, et Dame Nature elle-même pour garder mon calme et pour que ce fichu tube soit techniqué. Aller faire le tour avec plus d’une heure de retard et avec les bras couverts d’hématomes. Pour recevoir le taux deux heures plus tard, qui n’a pas doublé : 365UI. Zut et re-zut. Googler. Twitter. Relire les forums et les blogs. Pleurer un peu. Arrêter de respirer de nouveau. Penser à Lisette et sa magnifique puce.

Appeler le cabinet vers 16h : La secrétaire pas sympa qui me dit que « comme on se doutait, le taux n’est pas bon du tout. Vous faites probablement un début de FCS. Rdv mardi prochain en écho avec une PDS du jour. Si saignement, douleur, prout coincé, n’importe quoi, rdv aux urgences, ça peut être une GEU. »

20-21-22 dpo. En apnée, en stand by. Aucun symptôme, aucune nausée, pas de sang. S’enfiler toujours 4 ovules d’utrodégueu par jour. Ne pas dormir la nuit, sauf pour faire des tas de cauchemars plus dingues les uns que les autres (Utro power). Recevoir des petits mots de soutien des copinautes. Passer une douce journée à la mer, faire des gaufres avec le Nano, des câlins, encore des balades. Appeler une amie, se confier. Annuler le séjour prévu à Istanbul car trop dangereux, une bombe a explosé au marché près de notre future location, on n’emmène pas un bébé dans un endroit si risqué. On va rester au chaud en France, profiter autrement. Pourquoi pas aller à Bruxelles voir ma marraine..

23dpo : Se rendre au cabinet d’échographie avec la boule au ventre et trois nuits quasi blanches dans les pattes. Etre choquée et pleurer en entendant sur la route que la violence et la folie a encore frappé, Bruxelles, ma capitale de cœur. S’inquiéter pour les proches qui y vivent, être rassurée par les messages reçus. Terrifiée de savoir qu’une amie a loupé de justesse le métro de la mort. Se demander dans quel monde on essaye de concevoir nos bébés. En oublier l’importance de cette écho. Ecarter les jambes toute seule sans Choubidou, avec une gynéco pressée qui a oublié ce qui m’amène. Ne pas oser regarde l’écran.

Et finalement, apprendre que tout va bien. Qu’il y a un magnifique sac dans l’utérus, avec un jolie petite couronne toute ronde formant la vésicule vitelline. Pas de décollement, pas de GEU. Découvrir avec étonnement un gros kyste sur le corps jaune qui s’est rompu lors d’une ovulation « tonitruante » d’après la gynéco. Avec plein de liquide dans le ventre qui explique les douleurs ressenties au début. Sans aucune inquiétude à avoir. Recommencer à respirer (d’un seul poumon). Se faire piquer un dernier Bhcg pour confirmer cette jolie nouvelle. Qui est à 2200, x6 en 96h. Parfait donc. Ressentir les premières nausées avec bonheur. Respirer à plein poumon cette fois ci. Se projeter tout doucement… Continuer l’utro à 400mg/jour et l’aspégic nourrisson qui ont probablement permis à cette grossesse de miraculeusement s’accrocher, d’après la gynéco si optimiste.

Bref, Gertruder oui, sans y penser et se prendre la tête ? Euh ….

Ce mois de mars aura été des plus tristes sur la blogo, avec des déceptions énormes pour des nanas battantes et bien plus méritantes que moi, j’ai donc bien hésité à publier ce billet de riche. Mais lors de cette sombre période d’apnée, certains blogs m’ont permis de garder une lueur d’espoir et de voir que le doublement des taux en 48h n’est pas une règle parfaite, que des petits taux peuvent donner des bébés joufflus, qu’il arrive de saigner en début de grossesse et que les secrétaires de PMA ne sont pas toujours des plus optimistes et compétentes !

Merci pour tous les petits mots reçus ces derniers jours, vous êtes des amours.

Taux du jour + Edit 3e taux

Le taux du jour est à 45UI. A quasi triplé.

Les pertes continuent mais sont plus claires et moins abondantes.

Je reste en apnée mais quand même … Et si c’était vrai?

Mille mercis pour vos nombreux messages de soutien qui m’ont permis de traverser ces dernières 48h le plus sereinement possible. Vous êtes géniales les copinautes.

Rdv lundi pour 3e et je l’espère dernier taux! En attendant vive l’utro-dégueu à bonne dose, et on va se reposer après cette semaine de dingue… Il faut que le minitruc (des idées de surnom?) s’accroche bien pour plusieurs mois.

Des pensées particulières pour notre Julys en couvade et Zazounette.

Encore merci … ❤

Édit: taux du jour à 102. A doublé, fourchette basse du taux normal à 15dpo. Encore des petites pertes et pas mal de petites contractions. Donc rassurée mais hâte d’avoir traversé le f%cking premier trimestre comme toute pmette flippée. Prochaine étape contrôle dans une semaine de pds et j’espère écho dans deux semaines.
Merci pour vos petits mots et pensées. Gros gros bisous

Gertruder or not gertruder, that is the question

C’est bien connu, il suffit de faire une FIV, un dossier d’adoption, un beau voyage, et pouf, grossesse spontanée. Tout le monde le sait. Ces grossesses spontanées arrivent en général aux cousines de l’esthéticienne ou à la voisine du facteur de Tante Georgette.

Mais parfois, il arrive que des nanas infertiles tombent enceinte spontanément. En effet, infertilité ne rime pas toujours avec stérilité, ça se saurait. Et nos petites copinautes miraculées que nous surnommons affectueusement nos Gertrudes sont pour nous des preuves que oui, on peut être infertile et tomber enceinte en faisant des câlins. Et même avoir des magnifiques petits bouts joufflus et coquins à la fin. Même si on le sait, ces cas sont malheureusement rares et ne permettent pas  aux nombreuses non-Gertrudes d’espérer le même miracle.

Du coup, sur les bons conseils de notre gynéco préférée, on a continué à essayer pendant ces deux cycles de pause. Ouais on est des fous. En même temps, l’IOP étant une cause d’infertilité pour laquelle les taux de réussite en FIV ou en spontanée sont équivalents ou presque, ce serait dommage de se priver de petites séances de poney programmées quand on a retrouvé une libido de folaïe post accouchement/allaitement (ou pas).

Pour ce C2 de pause, j’ai cru avoir ovulé précocement comme dit dans mon post précédent. En garde. Du coup, n’étant pas capable de gertruder sans poney-iser, j’étais légèrement dépitée d’avoir laissé passer ma chance (de 5-10%) de ce cycle. Et puis quelques jours plus tard, à J14, j’ai eu la joie de rencontrer un beau radiologue qui m’a fait une petite écho-endo bien agréable afin d’établir le trajet vers mes ovaires pour la ponction et de déterminer si AL possible ou pas. La réponse a été nette : AG obligatoire car ovaire gauche rétro utérin inaccessible et pas échogène, d’où les douleurs lors des échos et les difficultés des opérateurs pour y voir quelque chose. Muy bien. La seule image que j’ai mémorisé de ce rendez-vous était ce follicule de l’ovaire droit. Magnifique, unique, sombre, dominant, 18mm, tout mûr. Tout beau tout prêt. Bref, mon auto-diagnostique d’ovulation avait été une belle erreur trois jours avant, en réalité l’ovulation était imminente. Qu’à cela ne tienne, séances de poney reprises pour donner toutes ses chances à ce beau follicule de faire de moi la Gertrude 2016. Avec l’absence de conviction liée aux dizaines de cycles déjà tentés sans succès.

La semaine suivante a été ponctuée de verres de bières, de cafés et fromages au lait cru, en attendant le J1 prévu à J22-23.

A J22, le drive est fait, ma salle de bain contient deux paquets de tampax et autant de serviettes hygiéniques, shopping témoignant de ma confiance en notre bébé miracle. Pas de J1. Achat de jus d’ananas et de raisin blanc, check, merci les copinautes.

J23 se passe, date prévue de début de stim d’après la durée de mes derniers cycles. Pas de J1. Début de psychotage à J24, un cycle si long c’est rare, je ne dépasse jamais les 8-9 dpo ces jours ci, à mon grand désespoir. Mais ce mois ci y avait ostéopathie, peut-être a-t-elle rafistolé un peu tout cela ? J25, psychotage à fond. Bouffées de chaleur nocturne, insomnie complète. Pas de J1. La marde quand t’as des phases lutéales ultra courtes habituelles, c’est que tu peux te prendre 4 jours de « retard » de règles avant d’espérer avec un TG positif, au vu des dpo. J26, l’espoir s’invite. Il se passe un truc pas normal chez moi. Ce serait fou…

Et enfin réveil ce matin, J27, 11dpo. Je craque et fais pipi sur mon dernier TG acheté il y a un mois. Je ne peux plus attendre, je pars en garde, le prochain créneau pour un TG tranquillou du matin sera dans 48h, no way. Donc pipi sur le TG. Positif. Une deuxième barre… Dans le cosmos la Miss K.

Je sors des toilettes, bois mon café avec un sourire béat. Pense à cette petite vie qui semble s’être installée dans mon utérus quand on ne l’attendait plus. L’annonce avec la voix tremblante et les larmes aux yeux à Choubidou. Lui montre les deux barres du beau test positif (avant de me le faire piquer par le Nano qui est tout content de sa trouvaille et file se cacher pour ne pas que je le récupère). On est émus, on pleure un peu, on n’en revient pas. On y croit, ce petit bout va s’accrocher, impossible autrement. Je vois un sourire heureux pour la première fois depuis des semaines sur le visage de Choubidou (qui traverse des moments très difficiles au boulot ces jours ci).

Je pars au boulot, reçois un texto de ma BS chérie « c’est parti pour le 9 mois ! ». Il m’a bien fallu deux minutes pour comprendre qu’elle parlait de la taille de fringues de son petit dernier et qu’elle n’était pas devenue Mme Irma.

En fin de matinée, je m’éclipse au labo de mon hôpital, où une gentille infirmière me prélève un BHCG avec un grand sourire, ayant prélevé celui de ma collègue enceinte de 3 mois et demi. Les résultats tombent rapidement, 16UI. Ok, c’est peu, mais à 11 dpo, déjà connu ça avec Nano (11UI), même pas peur. On contrôle dans deux jours, tout va bien. On annonce à nos rares proches au courant de la FIV qu’elle sera reportée pour des raisons logistiques, eux qui attendaient le J1 avec nous. On garde notre secret. On s’envoie des petits textos bonheur et naïfs.

Et puis pause pipi de 16h, check culotte, du sang. Un peu de pertes marrons. Puis des filets de sang rouge. Très légers mais bien présents. L’angoisse, la reviviscence des FCS de 2013, qui avaient débuté ainsi. Ne pas pleurer, ne pas se projeter. Respirer. L’appel paniqué au centre de PMA. Après 20 minutes d’attente, une secrétaire qui écoute tout et me dit qu’elle transmet à ma gynéco. Qui ne m’a pas rappelée. Tout cela pendant une garde calme mais difficile psychologiquement, entre les demandes de dons d’organe aux familles, les accompagnements de fin de vie. Une garde intense émotionnellement. Les larmes qui montent, les familles qui sont surprises de me voir si émue.

Bref, suis-je une Gertrude ou suis-je en train de faire ma troisième FCS précoce, on décalant du coup notre FIV d’au moins deux cycles (vacances loin en avril) ? On ne saura que samedi, sauf si je me mets à vraiment saigner. D’expérience, j’ai toujours des pertes marronnées sur les FCS, le vrai sang arrive bien 5 jours plus tard en général. Tout en sachant que des tas de copinautes ont saigné et eu le bébé. Pas moi. Bref, on verra bien. Mode apnée ré-activé, FIV annulée. Retour à la réalité.

Je garderai de cette journée un beau souvenir, celui d’imaginer notre Nano grand frère, de couver mon petit secret quelques heures, de se dire que tout n’est pas fini, et de tenter d’oublier que mes gamètes sont toute vieilles et pourries. De croire que cela pourrait être si simple. Le bonheur naïf aura duré 6h. Vivement samedi pour poursuivre l’apnée deux jours de plus ou pleurer un bon coup. Je garde un tout petit peu espoir, mais là c’est le bordal dans ma petite tête, again.